Kant – Projet de paix perpétuelle

Questions de compréhension Terminale S – 20/20
Q°1: Présentez l’œuvre de Kant en insistant sur sa philosophie politique et philosophie de l’histoire pour situer ce texte dans l’ensemble de son œuvre.
Q°2: Relevez le plan général de cette œuvre.
Q°3: Que sont les conventions de Genève ?
Q°4: Comment Kant définit-il la République ?
Q°5: Qu’est-ce que le cosmopolitisme ? Le droit cosmopolitique ? Le droit international public? Kant en parle-t-il ?
Q°6: Quel est le rapport entre la morale et la politique ?

Q°1: Présentez l’œuvre de Kant en insistant sur sa philosophie politique et philosophie de l’histoire pour situer ce texte dans l’ensemble de son œuvre.

C‘est en 1724 à Königsberg en Prusse (actuelle Kaliningrad) que naît Emmanuel Kant, quatrième fils d’une famille modeste piétiste de onze enfants à la morale très rigoureuse. Il entre en 1740 à l’Université de Königsberg pour y suivre des études de théologie, mais il y découvre surtout Newton et les sciences modernes. Après sa fameuse dissertation de 1770, il est nommé professeur titulaire. C’est en 1781 qu’il publie sa première œuvre majeure, la Critique de la raison pure, puis en 1788 la Critique de la raison pratique et en 1790 la Critique de la faculté de juger. Il continue d’enseigner jusqu’en 1796, période pendant laquelle il publie aussi les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) et le Projet de paix perpétuelle (1795), et finit par mourir en 1804, toujours à Königsberg, sur les mots « es ist gut », reflet d’une vie minutée et austère. Néanmoins, ce très grand philosophe du siècle des Lumières laisse derrière lui une œuvre considérable qui de nos jours influe encore largement la pensée occidentale moderne.

Il est difficile de résumer l’œuvre de Kant, tant celle-ci est riche, mais on la divise généralement en trois parties: la philosophie théorique (« Que puis-je savoir? », la limitation de la raison dans l’idéalisme transcendantal), la philosophie pratique (« Que dois-je faire? », la morale, le droit et la politique principalement) et l’esthétique. Kant consacre une partie de son œuvre à l’élaboration d’une « théorie de la connaissance », fondée sur un criticisme qui tente de dépasser l’opposition dogmatisme / scepticisme.

Histoire et politique sont deux thèmes récurrents dans la philosophie kantienne, qu’il développe dés ses premiers écrits. Lorsque Kant critique la majesté de la législation ou la sainteté de la religion, il a conscience que l’histoire de la liberté franchit un nouveau pas dans le siècle des Lumières. Il se fait ainsi un devoir de participer à une réalisation de la finalité de la nature. La fécondité de son criticisme, accessible d’après sa conception des Lumières à tous, publiquement (voir Qu’est-ce que les Lumières?), fait de lui le précurseur de la philosophie de l’histoire et de la philosophie politique modernes. « C’est par le mal que commence l’histoire de la liberté, car elle est l’œuvre de l’homme. Si on la raconte empiriquement, l’histoire de l’humanité ne peut donner lieu qu’à un récit privé de sens, plein de bruit et de fureur. Quant au problème de la constitution des sociétés humaines, il est si peu d’ordre rationnel et moral qu’il pourrait être résolu par un peuple de démons pourvu qu’ils fussent intelligents, puisqu’il s’agirait de trouver un système garantissant leurs vies et leurs biens à des êtres dont chacun voudrait s’exempter des lois permettant d’y parvenir. »

Dans cette optique, Kant publie en 1795 le Projet de paix perpétuelle, qui sera le premier de ses ouvrages traduit en français. En effet, au sortir de la Terreur qui suivit la Révolution française et à la fin de la coalition européenne anti-révolutionnaires, ce texte qui prône la République comme source d’une paix perpétuelle véhicule un vrai message d’espoir. Si Kant n’exploite pas le premier cette idée (elle est intimement liée au siècle des Lumières: l’Abbé de Saint-Pierre en fait la probable introduction dans Projet pour rendre la paix perpétuelle en Europe en 1712, qui sera vivement critiqué par Rousseau ou Leibniz, la considérant comme une utopie), il est pourtant le premier à la porter vers une réalité moins idéaliste, plus accessible, en l’associant avec sa vision du cosmopolitisme nécessité par la Nature. Pour atteindre la paix perpétuelle, l’homme ne doit pas lutter contre sa nature, mais bien aller dans son sens.

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Q°2: Relevez le plan général de cette œuvre.

Kant débute son Projet de paix perpétuelle par une clausula salvatoria intitulée « à la paix perpétuelle », une courte introduction lui permettant de se préserver de la censure, chose courante durant le régime de Frédéric-Guillaume II et son ministre Wöllner, en excluant d’office toute interprétation malveillante de son œuvre: d’une ironie certaine, il écrit que les politiques, dont le bon sens est de nature empirique, n’ont ainsi pas à se soucier de la théorie, qu’ils assimilent à des « idées creuses ».

Puis il entame son projet par six articles « préliminaires d’une paix perpétuelle entre les États » regroupés dans une première section. Chacun de ces articles est précédé par l’énonciation de l’idée qu’il contient, celles-ci devant servir de fondements à un traité de paix perpétuelle. Pour Kant, une telle paix ne serait possible seulement si le traité qui la définit assure sans équivoque sa nature perpétuelle. De plus, il est impératif que l’intégrité de l’État, incarnation de son peuple en une entité nécessairement indépendante, soit absolument protégée: il ne doit d’aucune manière être cédé à un autre État, ni contracter de dettes envers des créanciers extérieurs à lui même et il lui faut se garder d’intervenir dans les affaires publiques des autres. Enfin, il lui faut pour éviter le conflit armé et préserver les droits de l’humanité se défaire de son institution militaire permanente; quand bien même l’état de guerre serait atteint, il ne doit pas se livrer à la malveillance, fourberie ou perfidie, le machiavélisme, la confiance réciproque étant impossible à réinstaurer rapidement après cela. Préalablement à toute constitution du droit international et par extension d’une paix perpétuelle, ces points sont essentiels pour leur auteur.

Une fois ces points établis, Kant ouvre la deuxième section de son écrit en affirmant que l’état de paix chez l’homme n’étant pas l’état de nature, il lui faut sortir de cet état naturel et établir un état légal pour pérenniser son existence. Cette section se compose du premier, deuxième et troisième « articles définitifs d’un traité de paix perpétuelle » dans le but de servir cet état légal propice à la paix. L’article premier marque la nécessité pour le philosophe d’une constitution résolument républicaine à l’instauration de cet état de droit, légitimée par le « contrat originaire » ou contrat social (application du droit à la sphère nationale); républicanisme qu’il s’emploie à définir et que nous développerons par la suite. Dans le second article, Kant souligne l’importance d’une alliance des États, sous la forme d’une fédération, pour en finir avec la guerre entre les États libres qui semblent n’avoir par nature que la guerre pour défendre leur cause (application du droit à la sphère internationale). Pour finir, le troisième article traite du droit cosmopolitique, hospitalité universelle de nature juridique plutôt que philanthropique (application du droit à la sphère cosmopolitique), que nous développerons aussi. C’est ainsi que Kant conçoit le projet de paix perpétuelle juridique.

Finalement, les deux sections sont complétées par deux suppléments et un appendice. Un premier supplément intitulé « de la garantie de la paix perpétuelle » appuie l’argumentation de Kant. Il justifie la finalité de la paix perpétuelle et du droit cosmopolitique par de nombreux exemples historiques dont il montre les déterminations mécaniques de la Nature: c’est cette dernière qui amène l’homme à se dépasser dans la constitution de structures sociales. Le deuxième supplément traite de l’importance de la publicité (la transparence publique du politique) et de la voix des philosophes, dénués de pouvoir donc libre-penseurs, pour qu’ils, ceux qui gouvernent, puissent « s’éclairer sur leurs propres affaires ». L’appendice, lui, apporte une réflexion approfondie de Kant sur le lien entretenu par politique et morale; dans une première partie au sujet de la paix perpétuelle, où ce lien est opposition, puis dans une seconde partie impliquant l’idéal transcendantal du philosophe, ce lien devenant dans ce cas un accord. Kant achève ainsi son Projet de paix perpétuelle.

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Q°3: Que sont les conventions de Genève ?

Les conventions de Genève sont des traités mondialement ratifiés du droit international humanitaire. Elles définissent des règles que tous les États du monde sont tenus de respecter et concernent la protection des blessés, des prisonniers de guerre et surtout des civils et de leurs biens pendant un conflit armé.

La première convention naît en 1864 à l’initiative du philanthrope genevois et prix Nobel de la paix Henry Dunant, qui un an plus tôt fonda le Comité international de la Croix-Rouge, la toute première organisation humanitaire. Celui ci, attristé par le sort des blessés de guerre, avance l’idée d’un traité international pour aider ces derniers en conférant au personnel médical (notamment les ambulanciers) le statut neutre, et de ce fait les rendant relativement protégés de l’affrontement si les tous les partis l’ont ratifiée; à savoir 14 États européens de cette époque. Les protocoles de cette convention sont modifiés à plusieurs reprises en 1889, 1906 et 1929, où le statut de prisonnier de guerre fait son apparition, mais le plus grandiose est à venir.

1949. Le conflit le plus sanglant et le plus déshumanisant que l’humanité ait jamais connu est encore brûlant dans l’esprit de chacun. A l’impulsion du gouvernement suisse, cinquante-neuf États se réunissent pour discuter de nouveaux textes lors d’une conférence, avec notamment l’ONU, vielle de 4 ans, en observatrice. Quatre nouvelles conventions développent les principes des déclarations précédentes et ajoutent de nouvelles idées, comme la protection des civils dans la quatrième convention. C’est la « Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre ». Fondamentalement, elle interdit strictement la prise d’otage civil, les représailles sur civils ou sur leurs biens, la déportation, l’implantation de colons ou encore la torture et l’expérimentation sur civils. Violer ces points constitue une infraction grave, pouvant être considéré comme un crime de guerre, et est jugé par la Cour pénale internationale. Ces dernières conventions sont finalement acceptées par le monde entier, et sont toujours en vigueur aujourd’hui, bien qu’ayant subies quelques modifications depuis.

Sans garantir la paix pas même temporaire, ces traités de droit international furent une avancée majeure vers celle-ci, en assurant légalement aux peuples leur existence en temps de conflit, le droit premier qu’est celui de la vie. Leur apport au droit cosmopolitique est indéniable, car grâce à elles chaque homme du monde doit être préserver de façon égale lors d’un conflit. Elles forment la base du droit international humanitaire, et elles témoignent aussi d’une réalité pratique possible dans le futur des idéaux kantiens de la paix perpétuelle (dans la limite où elles sont respectées…)

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Q°4: Comment Kant définit-il la République ?

L‘établissement de l’état légal est nécessaire à l’homme pour qu’il s’élève de son statut bestial. Tous les hommes se doivent de supplanter le rapport de force naturel par un rapport de droit qui naît dans le contrat originaire: ce contrat légitime l’autorité politique, à laquelle les hommes cèdent tout ou partie de leurs droits naturels de plein gré en échange d’une garantie par la loi de leur liberté et de leur sécurité.

Or, pour Kant la réalisation de ce contrat ne peut passer que par la République, dont il énonce au début de l’article définitif premier les trois piliers de sa constitution. D’abord, l’institution du principe de liberté pour tout homme de cette société, donc pour tous les hommes d’après la nécessité universelle de la République. Puis, chacun étant soumis au contrat social, tous deviennent sujet de droit, et de ce fait doivent être soumis à l’unique et même législation, naturellement juste; ceci, pour finir, afin de pouvoir assurer l’égalité juridique de tous les hommes comme citoyens de la République. Ainsi elle rend possible la liberté humaine, tout en posant ses limites égalisatrices par la loi. Par ailleurs, la République dans la pensée de Kant infère d’autres nécessités: elle doit se mouvoir d’une volonté générale, dénuée d’intérêt particulier, qui passe, en actions, par la « politisation des consciences », soit l’intérêt de chacun dans la réalisation commune qu’est l’État, érigé comme il se doit par l’éducation. Cette considération de la République rejoint celle de Rousseau qui la développe dans Le Contrat Social, et établit la République comme une personne publique (personne morale) plutôt qu’une chose publique à cause de l’importance de la volonté générale; Kant parle de corps commun. D’ailleurs, il paraît évident que la République soit le régime le plus apte à éviter la guerre, puisque ceux à même de la déclarer sont les premiers à en souffrir. Dans Qu’est-ce que les Lumières, Kant ajoute que c’est la République qui favorise la propagation des Lumières, en développant les relations qu’elles entretiennent.

Cependant, contrairement à Rousseau ou encore à Montesquieu pour qui ces deux notions sont presque confondues, Kant dissocie clairement République et démocratie. Toujours dans le Premier article définitif, il commence par distinguer trois formes de souveraineté, c’est à dire les différentes incarnations possibles du pouvoir souverain: ce sont l’autocratie, l’aristocratie et la démocratie, qu’il ne devrait pas être nécessaire de détailler. Puis, il distingue deux formes de gouvernement, la façon dont l’État (en son attribut de forme de souveraineté) fait usage de ce pouvoir sur ses citoyens, et ce sont cette fois le républicanisme ou le despotisme; le premier repose sur la séparation de l’exécutif et du législatif pour atteindre les idéaux précédemment évoqués tandis que le second est un arbitraire mélange des deux, et remplace la volonté générale, l’essence de la République, par la volonté ou l’intérêt particulier. Kant assure que la démocratie au sens propre du terme, la souveraineté du peuple entier, induit forcément un gouvernement despotique, car en théorie chacun dispose du pouvoir et tente d’en tirer profit pour lui-même; un contrat social n’a plus de sens.

La République doit donc être menée par l’autocratie ou l’aristocratie, mais ce de façon représentative. Il écrit dans la Doctrine du droit « toute vraie république est et ne peut être rien d’autre qu’un système représentatif ». Ceux qui gouvernent, s’ils sont élus par l’union de tous les citoyens, vont représenter donc servir la volonté générale. Néanmoins, plus la représentation est concentrée en peu de gens, plus la vrai constitution républicaine est accessible, ajoute Kant. A vrai dire, la conception de démocratie telle que nous l’entendons aujourd’hui se rapproche plus de ce que Kant nomme l’aristocratie représentative, et même si l’on peut discuter la réalité des critères du républicanisme qu’il décrit, il est légitime de nommer notre gouvernement République démocratique, car l’exécutif et le législatif ne sont pas en chaque citoyen, mais en la représentation qu’ils ont le pouvoir d’élire; ce que l’on nomme une démocratie indirecte.

En conclusion, Kant définit la République comme le seul état légal valable vers lequel les hommes aspirent, qui doit assurer la liberté et l’égalité grâce à la souveraineté du droit et évite définitivement l’état de guerre. Elle est incarnée par la volonté générale, la soumission de chacun par le contrat social qui accorde tous les pouvoirs par représentation de cette volonté à un petit nombre, tout en assurant la séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. C’est la forme d’État fondamentale d’une paix perpétuelle.

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Q°5: Qu’est-ce que le cosmopolitisme ? Le droit cosmopolitique ? Le droit international public? Kant en parle-t-il ?

Le cosmopolitisme, du grec cosmopolitês (cosmos l’univers et politês le citoyen), citoyen du monde, est une doctrine philosophique selon laquelle l’homme appartient d’abord à l’humanité de façon universelle avant d’appartenir à sa cité, puis à sa nation; son évolution au fil de celle de la pensée philosophique est véritablement passionnante. A l’origine, cette pensée est définie par les cyniques et les stoïciens antiques: le philosophe cherche à dépasser les frontières de sa cité. Ainsi, Diogène répond à celui qui lui demande son origine, « Je suis un citoyen du monde », niant l’état juridique de citoyen de la cité, en l’occurrence Athènes, au profit d’une volonté d’appartenance morale au monde entier. Mais la tradition stoïcienne propose une nouvelle approche du cosmopolitisme: tous les hommes appartiennent à la cité universelle, mais ne rejette pas leur cité particulière. En fait, la première cité est plutôt la référence fondamentale (la raison universelle) pour penser l’ordre civil des autres. Le cosmopolitisme est ici plus une projection intellectuelle que le fruit de l’expérience. Par la suite, le cosmopolitisme prend un sens dans la religion, notamment le christianisme. Saint Paul  dit ainsi, « Vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés ; vous êtes des concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu » ; Érasme ira plus loin avec son concept de l’Église universelle : L’esprit chrétien est au-dessus de l’ordre politique, divisé, et cet esprit commun permet de réunir l’humanité chrétienne: par exemple, des nations telles que l’Angleterre et le Royaume de France peuvent se faire la guerre, et pourtant porter communément la bannière chrétienne en Palestine. Puis, Les grandes découvertes géographiques de la Renaissance, qui repoussent considérablement les limites du monde connu occidental, mettent en difficulté la pensée cosmopolitique. Le monde dans sa nouvelle représentation empirique est tellement diversifié qu’il semble impossible de le penser uni.

Pourtant, Kant va révolutionner ce concept dans le Projet de paix perpétuelle, Article définitif troisième, en lui liant un attribut juridique. C’est ce qu’il nomme le Weltbürgerecht, « le droit des citoyens du monde », le droit cosmopolitique. Le cosmopolitisme kantien ne considère pas l’abolition des frontières; d’ailleurs, comme il l’écrit dans l’Article définitif second, il faut une fédération d’États et non un État universel (il se trouve qu’il exécrait cette idée). En fait, ce droit cosmopolitique se restreint à l’obligation pour les États d’offrir leur hospitalité à tout homme dont l’existence en dépend, sans hostilités, et cela seulement: c’est un droit de visite, de passage, qui doit être universel. La nécessité de ce droit cosmopolitique vient simplement de la nature sphérique de la Terre, qui est à présent communément admise, et d’une constatation historique: la technique facilite considérablement les mouvements des hommes; la Terre étant ronde, ils sont nécessairement destinés à se rencontrer de plus en plus. L’idée de Kant est alors de poser les bases d’un cadre juridique permettant d’envisager ces rencontres sans qu’elles déclenchent des guerres, nécessitant au préalable l’établissement à l’échelle mondiale du modèle républicain. En fondant cet « État de droit universel de l’humanité » par le droit cosmopolitique, Kant énonce les prémisses du droit international public moderne, dont il parle sans le citer. Le but du droit international public est de régir les relations entre les États (et plus récemment avec les organisations internationales) afin, au moyen de traités et de conventions comme celles de Genève, de réduire voire d’évincer les états de guerre entre eux. C’est bien la le but visé dans le Projet de paix perpétuelle.

Puis, la pensée cosmopolitique évolue encore au XXème siècle, marquée par les crises politiques internationales qui explosent et le phénomène de mondialisation. Après la seconde guerre mondiale, on assiste à l’émergence d’un nouveau genre de cosmopolitisme contraint, qu’Arendt nommera « solidarité négative », imposé par la réalité du monde commun. Enfin, non plus pour agir en réaction mais par anticipation des périls du troisième millénaire, des philosophes comme Habermas et Beck théorisent le cosmopolitisme en « société de risques partagés », ce qui se déroule en ce moment au sommet de Copenhague pour contrer ce que certains considèrent comme une crise écologique sans précédents.

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Q°6: Quel est le rapport entre la morale et la politique ?

Le rapport entre morale et politique ne peut se trancher à la hache, et nombreuses en sont les conceptions. Ainsi, Malraux dira «On ne fait pas de la politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans», proposition paradoxale qui témoigne de l’ambiguïté de la question. Pour mettre à jour cette opposition, intéressons-nous en premier lieu à la théorie de Machiavel, pour qui la politique est d’ordre technique et ne doit pas être examinée sous les rapports de la justice et de la morale, puis à celle de Kant où morale et politique sont effectivement associables.

Machiavel (fin du XVème siècle) fait du rapport entre la morale et la politique une conception qui peut paraître très froide, telle qu’il l’explicite dans son ouvrage Le Prince. Pour lui, la désacralisation des États implique la rationalisation de la politique et la vide de toute morale: il n’est question que de mécanismes de conquête et de conservation du pouvoir; de même, la religion qui auparavant était servie par la politique n’en est plus qu’un outil pour cette dernière. Il n’est pas question de considérer une norme morale dans la manœuvre politique car celle-ci pour l’emmener droit dans le mur. Il critique ainsi vivement les conceptions politiques basées sur des projets moraux comme Utopia de More. Aussi, dans Le Prince, il justifie l’usage par les gouvernants de toutes les scélératesses nécessaires au maintien de la stabilité de l’État, qui est d’autant plus forte que les gens vivent dans un climat de crainte. Pour finir, les moyens qu’invoque Machiavel correspondent parfaitement aux régimes dictatoriaux et autres tyrannies. Néanmoins, Machiavel ne nourrit aucunement un désir sadique dans sa théorie, dont l’influence fut grande jusqu’aux Lumières, car il ne prône non pas une politique immorale, mais plutôt une politique amorale (ce qui ne change pas dire grand chose dans la réalisation de cette théorie politique): morale et politique doivent être considérées comme deux choses distinctes. En résumé, « la fin justifie les moyens ».

L’approche de Kant dans le Projet de paix perpétuelle est sensiblement différente. Il commence, dans l’appendice, par distinguer la morale d’une Loi supérieure à toutes les autres à laquelle tout le monde serait tenu, car ce serait une absurdité en cela que ce serait impossible; la morale ne peut d’aucunes façons être la théorie de la politique comme pratique. Puis, il mène une critique de la politique immorale, dont le but selon lui est de maintenir l’homme en état de guerre plutôt que de l’élever à l’état de paix, de droit. Pour Kant, une politique dénuée de morale est despotique; nous pouvons en déduire que la république est morale, et qu’elle est nécessaire pour atteindre la paix perpétuelle. Il oppose alors deux situations dans le cheminement vers la paix perpétuelle: le principe du moraliste politique et celui du politique moraliste. Mais pour Kant l’une est clairement préférable à l’autre. Le principe moraliste politique consiste en une résolution technique du problème de la paix perpétuelle, par l’utilisation de mécanismes politiques qui créent en fonction des objectifs (comme la paix perpétuelle) une morale, mais cette morale étant artificielle et non pas naturelle, elle n’est pas valable à long terme; tandis que le principe du politique moraliste, comme ses objectifs (dont la paix perpétuelle) sont créés à partir de la morale (Kant cite notamment les droits de l’homme comme sacrés), les atteint naturellement par l’obligation du droit, bien que le processus soit plus lent. Alors, on peut saisir comment Kant conçoit le rapport entre morale et politique, ce qui donne de façon abrégée: la politique ne doit pas être jointe de morale, mais doit s’inspirer de la morale, « lui rendre hommage ».

En conclusion, nous pouvons dire en ayant seulement survolé la question et toutes les réflexions qui y ont été porté que les conceptions du rapport entre morale et politique sont nombreuses, certaines refusant catégoriquement toute association de la morale à la politique, d’autres au contraire les liant de manière subtile comme Kant. La deuxième possibilité, dans la visée naturelle de l’établissement d’une paix perpétuelle, semble néanmoins la plus appropriée et donc celle à préférer.

1 Response to “Kant – Projet de paix perpétuelle”


  1. 1 Jérôme Sayrac 3 mai 2013 à 10:50

    En ligne sur mon blog, une note de lecture consacrée au Projet de paix perpétuelle : http://notescast.blogspot.fr/2013/03/projet-de-paix-perpetuelle-emmanuel.html


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